--Ils vont finir par me faire prendre du retard.--Cela faisait bien 10 minutes que j'attendais que les portiers déchargent les bagages d'une famille arrivant au Seaside. Je voulais bien être patient mais, après les trois voitures remplie de bagages Louis Vuitton, j'avais pensé que la quatrième était celle qui délivrerait ces gens mais non, la quatrième voiture avait elle aussi l'air remplie de bagages.
Mon dieu, ils viennent pour trois mois ? Finalement, je vit enfin une famille sortir d'une cinquième voiture. Le père avec les cheveux gris, sa femme trop liftée, leur fille trop blonde & leur fils trop fils à papa. Pour tout dire, la famille trop parfaite.
--Une fois la rue libérée, je me dirigea vers le parking des employés. Je montra ma carte & gara ma petite Ford entre deux voitures pas plus chics que la mienne. Au sein même de l'hôtel il y a deux mondes. l'autre & le mien. Malheureusement je ne fais pas partit du monde le plus simple à vivre.
--Je sortit de la voiture, habillé bien trop chic.
A tendance ridicule. je salua le portier & entra dans le vestiaire. Là, j'éteignit mon portable, me rendit présentable & partit jusqu'à la grande salle à manger. En chemin, j'échauffa mes doigts & me prépara psychologiquement à passer 4 heures assis sur un banc. C'est sur ce même banc que je passe 4 heures, 5 jours sur sept. En passant dans un couloir, je croisai Delilah. Cette simple serveuse au départ était devenue ma meilleure amie par la suite. Ma meilleure amie & ma colocataire. Mais, elle passait tellement de temps à l'hôtel que quelques fois j'avais l'impression de vivre seul. Tellement concentrée sur sa pile de serviette qu'elle avait en main, elle me passa devant sans s'arrêter. je lui attrapa le bras & la tira vers moi.
--"On me snob" Elle se retourna en écarquillant les yeux.
--"Brendon ! Je ne t'avais pas vu."
--"J'ai remarquer."
--Elle éclata de rire & me planta un baiser sur les joues. Elle continua son chemin, moi sur ses talons. On entra en même temps dans la grande salle. L'effervescence se sentait, tout devait être impeccable pour le diner. " Enfin Brendon ! Joues nous un petit air, ça détendra l'atmosphère." Je tournai ma tête vers le serveur qui m'avait dit ça. Je lui fit un petit sourire.
Faux. Et allai vers mon piano. Voilà à quoi je servais.
Brendon l'homme piano. Pendant quatre heures vous pouvez vous servir de ses doigts.*
--Finalement, la salle commença à se remplir. Beaucoup des vielles têtes liftées. C'était gerbant cette manie de refuser la vieillesse. Tout le monde ne vieillissait pas ? Lorsque ceux que je pris pour la famille que j'avais vu sortir de ses cinq voitures de bagages entra, les gens applaudirent. Je tournai mes yeux vers Delilah qui me regardait en ayant l'air de ne rien comprendre. je secoua un peu la tête & commença de jouer quelques extraits de la Sonate n°6, K 284 de Mozart.
* Le père de famille, était l'archétype de l'homme assis sur une grosse fortune : imposant dans son costume Hugo Boss, un moustache & l'air froid. Sa femme était blonde, sûrement décolorée. Mince, liftée du visage, du cou, les lèvres sûrement regonflées & terriblement serrée dans sa robe de soirée ivoire. Leur fille était la copie de sa mère, blonde, mince & serrée dans une robe rose pâle. Contrairement à sa génitrice elle resplendissait de fraîcheur & arborait un joli sourire. Le dernier membre était un jeune homme, d'environ mon âge. Ses cheveux étaient mi-longs, négligemment coiffé. Il portait un polo bleu marine, un jean cigarette noir & des bottines en cuir. Il arborait un air blasé & terriblement sur de lui. Ils s'installèrent & je continuai de jouer. C'était une de mes mauvaises habitudes de détailler les nouveaux venus, cachés dérrière mon piano.
--Au niveau de l'entrée, je vit une ombre se propulsée sur le mur à coté de mon piano, je tourna la tête & remarqua le jeune homme.
--"Tu ne peux pas jouer du Dresden Dolls ?"
--"Non" répondis je. Je le vis lever les yeux au ciel & soupirer.
--"Et pourquoi ?" demanda-t-il.
--"Je suis payé pour jouer de la musique classique."
--"Je suis sur que tu es de mon avis, il faut réveiller cette bande de bourge dégueulasse."
--"Je suis de votre avis mais, j'y risquerais ma place."
--"Essaye quand même !"
--"Non."
--Je m'en retournai à ma sonate. Il se leva en soupirant, visiblement vexé qu'un simple pianiste ne fassent pas comme Mr avait décider.
--Vers minuit, je me levai de mon banc sous les applaudissements discrets des clients encore dans la salle. Je devais attendre 30 minutes que Delilah eut finit son boulot, pour la ramener. Je passa par le vestiaire, prit mon portable & mon paquet de cigarettes puis sortit. Je m'installa dans la petite cour devant les cuisines & comme tous les soirs, grilla ma cigarette dans le noir que faisait l'ombre des bâtiments.
--Lorsqu'elle sortit, elle s'installa en tailleur à coté de moi. Elle prit une cigarette dans mon paquet, l'alluma avec mon briquet & posa sa tête sur mon épaule.
--"Encore une journée de passée" dit elle en tirant une taffe. Je lui embrassa le haut du crâne & prit sa cigarette des mains pour tirer aussi dessus. Elle me la reprit vite.
--"Vivement la retraite" marmonnais je. Elle éclata de rire en se relevant & en me frappant l'épaule. Je lui tirai la langue & on se dirigea vers ma voiture. On monta sagement dedans, Delilah enclencha la radio.
Paranoid Android de Radiohead. On chantonna un peu puis rapidement on arriva chez nous. Je me garai devant l'immeuble, on sortit, Delilah me prit par le bras puis on monta.
--Une fois dans l'appartement, on se fit la bise puis chacun alla dans sa chambre. Les journées de Delilah étaient harassantes. Les miennes, sincèrement, ça allait. Mais quand je me posai dans mon lit le soir aux alentours de 1h45, j'étais le plus heureux des hommes.